Coiffure d’âmes, l’intégrale
Prochaine présence prévue à la FIAC 2010
Actuellement, les frontières entre espace public et espace privé sont brouillées notamment par les nouveaux moyens de communication. Avec les téléphones portables, nos conversations sont-elles encore personnelles ? Les caméras de surveillance ont envahi les villes. Les émissions de téléréalité et les réseaux sociaux du web font l’étalage de la vie privée. L’exhibition des relations sexuelles sont à la portée d’un clic sur les sites pornos. Une loi contre le port du voile intégral a été votée!
Mes interrogations sur la perméabilité des frontières entre l'espace public et l'espace privé sont au centre de mon propos tant dans l’élaboration que dans la monstration de mon travail. Le corps humain en est la fourniture, le média, l’interface, la présence…
Dans cet intervalle émotionnel procuré par l’utilisation corporelle, le trouble des formes et l’ambiguïté des apparences propose aussi des réflexions sur les pressions sociales exercées sur les corps et leurs représentations.
En abordant le poids ou la gravité des problématiques corporelles avec le plus de légèreté possible, j’utilise mon corps comme fourniture, comme lieu de transformation et parfois comme présence exhibante. Je qualifie mes utilisations corporelles de «dandysme corporel ».
J’emploie aussi avec un certain féminisme déridé, re-lifté, recoiffé et reculotté ce terme de « dandysme » puisqu’ il désigne plutôt un homme : « homme à l'allure précieuse, originale et recherchée ».
Ce qui m’intéresse dans mon engagement d’artiste et dans mes recherches n’est pas d’émettre un avis moral sur une esthétique corporelle mais de faire partager mon désir de liberté en proposant des jeux qui se situent au sein même de la porosité de ces frontières entre espace public et espace privé.
Cet été, au vernissage de l’exposition de Claude Lévêque au CRAC LR à Sète, j’ai inauguré une nouvelle dimension à ma précédente « coiffure d’âmes » que le public avait aussi nommé « femme à barbe » elle a acquis une nouvelle dimension, un ton au dessus, elle est devenue « Coiffure d’âmes, l’intégrale ». La dissimulation du visage par cette coiffure (ce sont toujours mes cheveux) occasionne apparition ou disparation selon le regard de ceux qui me croisent…
Je suis au milieu des autres. J’habite mes transformations, le plus simplement possible, je dirais même, presque comme si de rien n’était, je ne fais pas de numéro de cirque, ni d’acteur. Cela accentue ma propre situation : celle dans la quelle je me reconnais le mieux : être au milieu des autres. Au milieu des gens, et aussi au milieu des autres artistes, au milieu des autres œuvres… je suis un visiteur au milieu des autres visiteurs : car il s’agit d’une simple déambulation dans l’exposition.
Aucune autre action. C’est là une sorte de rupture avec le conformisme théâtrale que sont devenues aujourd’hui la plus part des performances.
La mise en expérience publique de cette présence me questionne aussi sur les perturbations de l’espace et du contenu d’une exposition par le visiteur. C’était d’ailleurs assez remarquable lors du vernissage : le bruit de la foule faisait disparaitre le son des installations monumentales de Claude Lévêque!
Avec la légèreté de mon dispositif corporel nomade, je tente également d’établir une connexion charnelle qui revoie à l’apparence physique de chacun et qui se situe réellement à l’échelle humaine.
L’économie de mes moyens, à dimension humaine, permet de me confronter avec l’immensité de ces lieux, le gigantisme des pièces exposées et cela intensifie cette disproportion. La différence entre la fragilité du corps d’un individu et la puissance d’une foule m’intéressent aussi. L’efficacité plastique de cette proposition m’importe autant que la simplicité.
D’autre part des commentaires venant du public, concernant le voile intégral, sont inévitables actuellement, mais ici en l’occurrence c’est le poil qui voile !
L’utilisation de mon propre corps me permet de produire ces présences nomades de façon inopinée ou invitée.
Claudie Dadu juillet 2010